Luttre

Le projet s’inscrit dans la reconversion de l’ancien bâtiment « Diamant Boart » à Forest, remarquable édifice des années 1950, construit en pierre de France et pierre bleue belge. L’enjeu consiste à transformer cet ensemble industriel en un lieu mixte regroupant les services administratifs et techniques de la SISP, l’accueil du public et 63 logements sociaux, tout en préservant son identité architecturale et sa matérialité.

Pérennité et réversibilité du bâti
Le parti pris repose sur la conservation maximale de la structure existante. Les grandes portées en béton, les hauteurs sous plafond de plus de 4 m, la profondeur de 14 m et les gaines en façade offrent une flexibilité rare pour la reconversion. Ces qualités spatiales sont exploitées pour accueillir de nouveaux usages sans extension ni modification structurelle majeure. Le rez-de-chaussée double hauteur accueille l’ensemble des fonctions publiques et administratives de la SISP : accueil, salles de réunion, foyers et espaces communautaires s’ouvrant sur les patios intérieurs, tandis que les ateliers, parkings et locaux techniques occupent le niveau inférieur. L’organisation spatiale repose sur un système de parois pleines et vitrées qui module les transparences, assure l’intimité ou la perméabilité selon les besoins, et permet une adaptabilité continue des locaux (évolutions programmatiques déjà envisagées en chantier). Cette approche garantit la durabilité d’usage et la réversibilité du bâtiment.

Les étages accueillent 63 logements, allant du 1CH au 6CH.
L’intérieur des appartements s’organise de manière traversante. Ils s’adressent ainsi autant à l’espace public qu’aux cours, offrant ainsi une multiplicité de situations et de relations, de la plus privée à la plus publique en passant par divers degrés de communauté. Les loggias vers l’espace public, la double peau vers les cours et les hauteurs conséquentes dans les appartements sont autant de générosités qui permettent aux espaces de trouver naturellement de multiples expansions. Les logements publics, par nature mesurés, trouvent en l’espèce des qualités inédites sous forme de dilatation spatiale. Tous les appartements disposent d’une généreuse terrasse en loggia, prolongation naturelle de l’espace de jour, mais également expansion de toutes les chambres les plus petites, celles des enfants. Tous les appartements disposent de l’espace en double peau, « halls volontairement surdimensionnés » - convenons ici qu’ils sont bien plus que cela - propice à l’invention d’usages concertés avec la coursive. Cette double peau contribue à formuler l’identité d’un co-habitat, d’une communauté. Enfin, les grandes hauteurs peuvent accueillir des rangements sous forme de petites mezzanines disposées dans des lieux propices.

Conservation et valorisation de l’enveloppe
L’enveloppe bâtie, témoin de la mémoire industrielle du lieu, est intégralement conservée. La façade sur rue reste inchangée, assurant la continuité urbaine et la lisibilité de l’institution. Une double peau en retrait crée des loggias continues, véritables tampons thermiques et visuels, qui améliorent le confort des logements sans altérer la matérialité du bâti. L’isolation, soigneusement intégrée, assure la performance énergétique tout en maintenant les qualités esthétiques d’origine.

Flexibilité constructive et performance environnementale
L’édifice offre une flexibilité structurelle pérenne grâce à ses grandes portées et à un cloisonnement léger, limitant les interventions au second oeuvre. Ce dispositif favorise les réaffectations futures à moindre coût et renforce la durabilité matérielle du bâtiment. Les nouveaux patios végétalisés assurent un éclairage naturel généreux et participent à la régulation thermique et acoustique. La gestion de l’eau est traitée par un ensemble de dispositifs : végétalisation intensive des patios, toitures semi-intensives, récupération des eaux pluviales pour les sanitaires et création d’un bassin d’orage de 60 m3, répondant aux exigences de la commune de Forest.

Approche écologique et biodiversité
Le projet agit avec sobriété et réemploi : conservation des éléments existants, démolitions limitées, choix de matériaux durables et multifonctionnels. Il prend également en compte la présence d’une colonie d’hirondelles de fenêtre, la plus importante de la Région bruxelloise, en intégrant des mesures de protection durant le chantier et la pose de nouveaux nids favorisant la pérennisation de l’espèce.

 Les logements publics, par nature mesurés, trouvent en l’espèce des qualités inédites sous forme de dilatation spatiale.